mercredi 16 août 2017

ELO#292 - Jacques Prévert


16 août 2017

Citroën, une saynète écrite par le grand Jacques Prévert, et jouée par le Groupe Octobre devant les grévistes de l'usine Citroën du Quai de Javel en 1933, alors qu'ils venaient d'apprendre une baisse de leurs salaires d'environ 20 %...

Citroën
Jacques Prévert, 1933

À la porte des maisons closes
C’est une petite lueur qui luit…
Mais sur Paris endormi, une grande lumière s’étale :
Une grande lumière grimpe sur la tour,
Une lumière toute crue.
C’est la lanterne du bordel capitaliste,
Avec le nom du tôlier qui brille dans la nuit.

Citroën ! Citroën !
Le lampion du bordel capitaliste, 1933

Lanterne du bordel capitaliste, 1933

C’est le nom d’un petit homme,
Un petit homme avec des chiffres dans la tête,
Un petit homme avec un sale regard derrière son lorgnon,
Un petit homme qui ne connaît qu’une seule chanson,
Toujours la même.

Bénéfices nets…
Millions… Millions…

Une chanson avec des chiffres qui tournent en rond,
500 voitures, 600 voitures par jour.
Trottinettes, caravanes, expéditions, auto-chenilles, camions…

Bénéfices nets…
Millions… Millions…Citron… Citron

Et le voilà qui se promène à Deauville,
Le voilà à Cannes qui sort du Casino

Le voilà à Nice qui fait le beau
Sur la promenade des Anglais avec un petit veston clair,
Beau temps aujourd’hui ! le voilà qui se promène qui prend l’air.

Il prend l’air des ouvriers, il leur prend l’air, le temps, la vie
Et quand il y en a un qui crache ses poumons dans l’atelier,
Ses poumons abîmés par le sable et les acides, il lui refuse
Une bouteille de lait. Qu’est-ce que ça peut bien lui foutre,
Une bouteille de lait ?
Il n’est pas laitier… Il est Citroën.

Il a son nom sur la tour, il a des colonels sous ses ordres.
Des colonels gratte-papier, garde-chiourme, espions.
Des journalistes mangent dans sa main.
Le préfet de police rampe sous son paillasson.

Citron ?… Citron ?… Millions… Millions…

Et si le chiffre d’affaires vient à baisser, pour que malgré tout
Les bénéfices ne diminuent pas, il suffit d’augmenter la cadence et de
Baisser les salaires des ouvriers

Baisser les salaires

Mais ceux qu’on a trop longtemps tondus en caniches,
Ceux-là gardent encore une mâchoire de loup
Pour mordre, pour se défendre, pour attaquer,
Pour faire la grève…
La grève…

Vive la grève !
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Fela Anikulapo Kuti

Alors qu'on commémore les 20 ans de la mort de Féla, voici deux excellentes reprises de ses chansons:

Par le Newen Afrobeat, du Chili, avec Seun Kuti (son fils le plus doué) et Cheick Tidiane Seck, sur Opposite People:

Et par le Kokoroko Afrobeat Collective, d'Angleterre, sur Colonial Mentality:
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Gospel


Un peu de gospel avec The Violinettes qui adaptent Proud Mary, sous le titre Jesus is Amazing, tandis que Elder Curtis Watson reprend My Girl sous le titre Never Serve Another.
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BD

Une petite BD antisexiste pour l'été:

Eté 2017 : décrypter les messages ultra-secrets envoyés par les femmes via leurs vêtements
GQ, le 20 juillet 2017

mercredi 9 août 2017

ELO#291 - Migrants encore


9 août 2017

Vive la France: le Collectif Roya Solidaire (CRS) documente et prouve que la police française ne respecte pas la loi et le droit des migrants, y compris mineurs, handicapés, enceintes etc. Elle se débarrasse du "problème" en les renvoyant, illégalement, en Italie (bonjour aussi la solidarité entre Etats!). C'est à ce collectif qu'est lié le résistant Cédric Herrou, condamné à 4 mois de prison par la "justice" française:
Aller - Retour (juillet 2017):

(Version un peu plus longue ici et article )

Vive l'Europe aussi, avec ce film de Rania Mustafa Ali, 20 ans, qui filme son exode de Syrie en Autriche, via la mediterrannée, la Macédoine... 20 minutes pour retracer ce dangereux voyage... Alors certes, Bachar el Assad est un salop, mais les dirigeants européens sont de sacrés connards aussi:
Escape from Syria: Rania's odyssey (août 2017)


Pas mieux aux Etats-Unis, où l'on retrouve le même sujet traité dans la bande originale de la comédie musicale Hamilton (2016), avec la chanson Immigrants (We Get The Job Done) interprétée par K'naan, Residente, Riz MC et Snow Tha Product:

Qui rappelle la chanson des Portoricains de Calle 13 (avec Totó la Momposina, Susana Baca, Maria Rita et Gustavo Santaolalla), Latinoamérica (du disque Entren los que quieran, Entrent ceux qui veulent, de 2010):

Retour en France avec Bien mérité de Clarika

Et une BD, Là où vont nos pères, de Tan.
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Autre musique

No Woman' No Drive, reprise drôle et politisée de Bob Marley, produite par le compositeur saoudien Alaa Wardi, et chantée en 2013 par son compatriote, l'humoriste Hisham Fageeh, sur la condition féminine dans leurs pays:

Adieu Jeanne Moreau... et deux chansons de travailleurs: Wat About Di Working Class, de Linton Kwesi Johnson, et Le Temps Perdu, poème de Jacques Prévert, par Les Cowboys Fringants.
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Gentrification


Gentriville, un webdocumentaire de Marie Sterlin, Emmanuelle Walter et Akufen, sur la Gentrification a Montreal, d'apres un film de Carole Laganière, en 2017...

mercredi 2 août 2017

ELO#290 - Virginie Despentes, encore!


2 août 2017

Bon, ça fait un peu chier que Virginie Despentes se retrouve à la une de tous les magazines de merde, mais ses interviews restent d'un très haut niveau vu la bouse ambiante...

On doit se tenir prêt.e.s, Grazia, le 21 juin 2017

Dans quel Monde on vit (la première demi heure), RTBF, le 24 juin 2017
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Des femmes chantent


Cruisin', le classique de Smokey Robinson par Andra Day et Gallant

Midnight Train to Georgia par Gladys Knight, le mois dernier en Hollande:

Tell Me, par Sabrina Claudio (jolie robe!), l'an dernier:

Madeleine, par la Palestinienne Ruba Shamshoum, il y a deux ans:

Version arabe de Imagine, de John Lennon, par la grande chanteuse libanaise Fairouz. Et manifeste de l'an 2000 pour un nouveau féminisme qui prend en compte les femmes des quartiers populaires, MLF: Nouvel'R, par le collectif de rap féminin Meufia...
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Sexisme


Témoignages de sexisme ordinaire à l'université, en francais:

Et en anglais: I asked a question and it struck a nerve.
Gina Baucom, Storify, le 8 juin 2017
https://twitter.com/gbaucom/status/872446177580593152
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Siné Mensuel 
Numéro d'été pour Siné Mensuel, avec plein de conseils de livres, films et disques, dont mes contributions pour la BD de Seth Tobocman et les disques de Lee Fields et Michael Kiwanuka, que vous connaissez bien ici!

mercredi 26 juillet 2017

ELO#289 - Les temps sont de plus en plus fous!


26 juillet 2017

Le mois de mai 2017 a été le deuxième plus chaud depuis les premiers relevés de températures. Pendant ce temps là, les chercheurs du monde entier qui étudient le climat font des découvertes de plus en plus délirantes...

Des chercheurs viennent d’établir un lien direct de causalité entre la fonte des glaces du Pôle nord et l’aggravation de la sécheresse au Sahel. Parmi les conséquences, le niveau des océans pourrait s’élever jusqu’à 3 mètres d’ici la fin du siècle: Avoir faim au Sahel à cause de la fonte du Groenland

Chaque année, près d’un tiers de la population mondiale est exposée à plus de 20 jours d’une canicule potentiellement mortelle. D’ici à 2100, cette proportion pourrait s’élever à près de 75%: La canicule, menace mortelle pour un tiers des Terriens. D'ailleurs, la France pourrait connaître des pics de chaleur à 55°C d'ici à 2100...
 
En plus, on s'était trompé dans l'analyse des données satellitaires, et le réchauffement climatique est 140% plus rapide que prévu: A satellite-derived lower tropospheric atmospheric temperature dataset using an optimized adjustment for diurnal effects

Aussi dangereux que le dérèglement climatique (auquel elle s'ajoute): la pollution par le plastique dans les océans (un million de bouteilles par minute!): A million bottles a minute: world’s plastic binge ’as dangerous as climate change’
 
Plus de 8 milliards de tonnes de plastique ont été produites depuis 1950, dont la moitié au cours des 13 dernières années, et plus de 5 milliards de tonnes de plastique sont rejetés dans la nature...
 
On finit donc par trouver du plastique dans tous toutes les marques de sel commercial, dans tous les pays: The presence of microplastics in commercial salts from different countries

On trouve du plomb dans la plupart des produits alimentaires pour bébé, en particulier les jus de fruit: Lead Detected In 20% Of Baby Food Samples, Surprising Even Researcher

Enfin, une étude nous prévient qu'on n'a plus que 3 ans pour réagir, après il sera trop tard (et je ne sais même pas s'ils tiennent compte des 140% et du plastique) (autant dire qu'il est donc déjà trop tard): Three years to safeguard our climate
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Musique d'hier et d'avant-hier


Une chanson utile à caser dans les soirées politiques en ce moment: Stormzy - Shut Up (2015):


Et si ça ne marche pas, il reste Bill Brandon pour pleurer avec sa Rainbow Road (1968)
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Tragédies d'aujourd'hui


Les Migrants en Méditerranée, on sait ce que c'est, mais c'est encore plus émouvant de les voir à travers ce joli et triste petit film d'animation de 6 minutes réalisé par une équipe libanaise et produit par MSF. Il est inspiré d'une lettre retrouvée sur le cadavre d'un migrant noyé:

Sorry I Drowned, le 2 juin 2017:


Les Checkpoints en Palestine, on sait ce que c'est, mais c'est toujours plus révoltant de VOIR ce que c'est, avec ce petit film de 4 minutes produit par Ahmad Al-Bazz, Haidi Motola et Anne Paq pour Activestills et Electronic Intifada:

Checkpoint 300, le 8 juin 2017:


Plein d'autres vidéos prometteuses sur le site The Native and the Refugee...

mercredi 19 juillet 2017

ELO#288 - Arabic Funk


19 juillet 2017

Emission de radio World Skip The Beat, sur CKUT (90.3 FM à Montréal ou http://ckut.ca/ ), le 10 juillet 2017 de 12h à 14h, avec Mostafa et Dror: funk arabe, pop-funk, jazz-funk et disco funk, des années 1970 et 1980...
 
    01) Abadane (Never) - Hourya (Freedom) - Algérie (1970)
    02) Al Zman Saib (Difficult Times) - Fadoul - Maroc (1971)
    03) Sid Redad - Fadoul - Maroc (1975)
    04) Nisyan (Forgetfulness) - Ahmed Fakroun - Libye (1977)
    05) Do You Love Me - Bandale Family - Liban (1978)
    06) Egypt Strut - Salah Ragab - Egypte (1973)
    07) Les Vacances De L'Inspecteur Tahar (Inspector Tahar's Holiday) - Ahmed Malek - Algérie (1973)
    08) Le Silence des Cendres (The Silence of the Dead) - Ahmed Malek - Algérie (1976)
    09) Abu Ali - Ziad Rahbani - Liban (1978)
    10) Shish Kebab (Disco Belly Dance) - Ihsan Al Munzer - Liban (1980)
    11) Sah (Good) - Al Massrieen (The Egyptians) - Egypte (1980)
    12) Mafatshe Leh (Don't Look for Him) - Al Massrieen (The Egyptians) - Egypte (1980)
    13) El Disco - Khamis Henkesh - Egypte (1983)
    14) Sahranin (Night Owls) - Ahmed Fakroun - Libye (1983)
    15) Track 1 - Ibrahim El Hassan - Soudan (1984)
    16) Sala Min Shaaraha A-Thahab (Gold Streamed Down from Her Hair) - Salah Ben Al Badiya - Soudan (1970s)
    17) Laylat Wadaa (Farewell Night) - Zedan Ibrahim - Soudan (1970s) 
    18) Helwa Eyounik (Your Eyes are Beautiful) - Abu Araki Al Bekhet - Soudan (1970s)
    19) Lela - Hakim et James Brown - Egypte et USA (2004)

Quelques liens:

Les Vacances De L'Inspecteur Tahar (en arabe), réalisé par Moussa Haddad - Algérie (1973)
 
 
Do You Love Me - Bandale Family - Liban (1978)

 
Sahranin - Ahmed Fakroun - Libye (1983)  
 
Lela - Hakim et James Brown - Egypte et USA (2004)
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Jazz en Palestine


Soutenez MahraJazz (2017), un petit festival de jazz alternatif, le tout premier festival palestinien de musique à avoir lieu à Haïfa (Palestine). Il est organisé par des Palestiniens de 1948 indépendants, "pour contruire une culture palestinienne indépendante de l'occupation coloniale". Sans aucun financement d'aucune agence gouvernementale israélienne, ce festival est donc exclu de la campagne de boycott.

MahraJazz se tiendra sur deux week-ends consécutifs, du 24 au 26 août, et du 31 août au 2 septembre, et sera un tremplin pour une variété de musiciens locaux et internationaux de jazz et sous-genres.
http://www.agencemediapalestine.fr/blog/2017/07/13/soutenez-mahrajazz-un-festival-de-jazz-alternatif-a-haifa/

À l’affiche : Kevin Brady (Irlande); Ruba Shamshoum (Palestine); Dirar Kalash et Luke Stewart (Palestine, USA); Ken Vandermark (USA); Gevende (Turquie); Nathan Daems (Belgique) et d’autres...

Ruba Shamshoum - Madeleine (2015):


Pour les soutenir:
https://www.indiegogo.com/projects/mahrajazz-haifa-alternative-jazz-festival#/
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Prisons


1) L'enfant du sac à dos (2017), un joli petit film de fiction de 20 minutes basé sur des faits réels, illustrant la politique de dispersion des Prisonnier.e.s Politiques Basques, et le vécu d'enfants qui subissent les conséquences des stratégies répressives mises en place il y a plus de 25 ans par les gouvernements français et espagnols...

2) Hassan Diab est un professeur de sociologie canadien d'origine libanaise, accusé depuis 2008 d'avoir participé à l'attentat de la rue Copernic en 1980, incarcéré à Paris depuis 2014, et qui clame son innocence. Dans un contexte médiatique entièrement à charge contre lui, le juge d'instruction a pu enfin vérifier l'alibi de Hassan Diab qui déclare à l'époque être à Beyrouth, et autoriser sa libération sous bracelet électronique en mai 2016. Cette liberté surveillée ne durera que 10 jours avant que l'accusation obtienne qu'il soit réincarcéré. Entre mai 2016 et mai 2017, le Dr. Diab a obtenu 7 ordonnances de mise en liberté... et 7 refus de la cour d'appel.

Au Canada, M. Diab a le soutien de nombreuses organisations de la société civile et de milliers de personnes. En France, l'Union syndicale Solidaires, l'UJFP et Amnesty International, entre autres, demandent que Hassan Diab bénéficie de la présomption d'innoncence et d'un procès juste. Il ne faudrait pas qu’Hassan Diab affronte une vie en prison pour un crime qu’il n’a pas commis et en totale contradiction avec les valeurs qu’il a toujours défendues.

Rubber Stamped : The Hassan Diab Story
Amar Wala, 2016

3) Surveiller et punir, triste mais très beau reportage photographique dans les prisons belges de Sébastien Van Malleghem, Le Temps, le 1er juin 2017

4) Jean Banks - Jailer (1963)

mercredi 12 juillet 2017

ELO#287 - Kellylee Evans

12 juillet 2017

Kellylee Evans est une chanteuse canadienne qui a démarré sa carrière sur les chapeaux de roue: elle gagne un premier prix en 2004 au Canada, un autre en 2007 pour la sortie de son premier album, puis en 2011 pour son troisième. Entre temps elle est partie vivre à Paris avec son mari et ses trois enfants, et apprendre le français. C'est là qu'elle sort son disque hommage à Nina Simone et rencontre un premier succès international, et c'est là aussi qu'elle rentre de ses tournées qui l'emmènent aux quatre coins de la planète, soit en son nom propre, soit pour faire la première partie d'autres artistes prestigieux, comme Dianne Reeves, George Benson ou Tony Bennett.

Toujours en France, et ne se contentant pas de ressasser des standards de jazz, elle publie en février 2013 le très réussi I Remember When, où elle revisite des standards du rap, du r'n'b, de la soul ou de la pop à sa façon, par exemple ce My Name Is inspiré de Eminem, ou And So We Dance, sa traduction du titre de Stromae:


 
C'est alors que les ennuis commencent... A peine l'album sorti, en juin 2013, Kellylee Evans est frappée par la foudre dans sa maison canadienne (eh oui, ça arrive). Partiellement et temporairement paralysée, cela ne l'empêche pas de partir en tournée (quitte à rester assise pendant l'essentiel du show, voir par exemple ce concert donné le 7 août 2013 à Marciac).


En 2014, elle se sépare de son mari, part à New-York faire la promotion de son disque (voir le clip de sa version du Ordinary People de John Legend), et commence à réfléchir à un nouveau disque, qui aborde justement les différentes étapes d'une relation, jusqu'à la rupture.


Un nouveau disque pour Kellylee Evans, c'est toujours une nouvelle direction. Principalement composées par la chanteuse, les chansons de Come On trouvent leur place quelque part entre jazz et pop, dans un compromis assez réussi, tel ce Hands Up:


Alors qu'on aurait aimé voir ce projet se développer sur scène, la malchance continue de frapper Kellylee. Le 11 novembre 2015, en sortant d'un bain trop chaud, elle s'évanouit et se cogne fortement la tête. Probablement parce qu'elle ne s'était pas assez reposée en 2013, les symptômes sont cette fois plus graves (nausées, étourdissements, paralysies, fatigue, sensibilité extrême au bruit), et surtout, ils durent. Pendant des mois, elle ne peut rien faire.

Le 12 novembre son album sort à Paris. Le 13 novembre, c'est l'attentat du Bataclan. La maison de disque, qui perd deux membres ce soir là, met complètement le disque de côté. En France, il ne se vend pas, et dans le reste du monde il n'est même pas distribué. Très vite, Kellylee Evans est ruinée et, alitée, elle est incapable de gagner sa vie.

Une magnifique chaîne de solidarité se met alors en place au Canada, où ses amis rassemblent 43.000$, et surtout se relayent auprès d'elle, de ses enfants, lui font à manger, l'aident à déménager, payent son loyer, l'emmenent chez le médecin etc. D'ailleurs après ces multiples contrecoups, elle a décidé d'y rester, de ne plus rentrer en France, et d'élever ses enfants au Canada.

Six mois plus tard, l'université où elle a fait ses études, Carleton à Ottawa, lui propose non pas de chanter, mais d'animer pendant un an une série de conférences données par des musicien.ne.s, et des ateliers de musique pour de jeunes talents. Elle accepte, ce qui lui remet le pied à l'étrier, et un peu d'épinards dans l'assiette, faute de beurre.

Un an et demi ont passé. Tout n'est pas réglé, et elle préfère toujours ne pas s'entourer de batterie ou d'instruments de musique trop bruyants, mais Kellylee Evans décide de tenter de chanter à nouveau. Elle chante d'abord trois chansons lors d'événements médiatiques différents, et puis elle se sent enfin prête à aller un peu plus loin.

Elle donne son premier concert après 19 mois d'interruption forcée le 3 juillet à Ottawa, et deux autres le lendemain à Montréal, dans le cadre du Festival International de Jazz. Pour l'occasion, elle a choisi un petit club, Upstairs, et de s'entourer juste de deux musiciens, l'un au piano ou à la guitare, et l'autre à la contrebasse.

J'ai donc assisté à ce premier concert montréalais et, ne sachant pas à quoi m'attendre, j'ai été impressionné! J'avais une toute petite mauvaise conscience d'être là pour des raisons de voyeurisme, mais elle se dissipe vite: si elle n'en avait pas parlé, il n'y avait même pas moyen de savoir que Kellylee Evans sortait d'une période sombre, durant laquelle elle avait pensé ne plus jamais pouvoir chanter. Elle précise pourtant que cette petite série de concerts est une façon pour elle de "tremper un doigt de pied dans l'eau", de se tester.

A mon avis, le test est réussi! Très en voix, autant sur des morceaux rapides que lents, très en forme, très bavarde, très sympathique et très drôle. Outre son groupe restreint, un aspect signale quand même une situation inhabituelle pour Kellylee Evans: alors que, d'habitude, lorsqu'elle sort un nouveau disque, elle ne joue presque plus ses anciens titres en concert, ici, pour son retour, elle fait une retrospective chronologique de sa carrière. Il s'agit d'ailleurs d'un résumé bien agréable et qui montre à la fois la diversité de ses choix, son talent polyforme et son évolution assez intéressante.

Nous avons donc droit à un morceau de son premier disque (I Don't Want You To Love Me), un de son deuxième (Good Girl), deux morceaux de son hommage à Nina Simone (Don't Let Me Be Misunderstood et Feeling Good), deux morceaux de chacun de ses deux derniers disques, I Remember When et Come On, différents mais qui se glissent bien dans le reste du répertoire jazzy, et puis un rappel sur Lose Yourself, encore un titre d'Eminem dont voici un petit extrait:


Concert d'une heure et demi qu'elle ne peut prolonger, puisqu'un deuxième set suivra une demi heure plus tard, mais elle parcourt quand même la salle pour embrasser les spectateurs, sentir la chaleur, et vérifier qu'elle est toujours aussi aimée.

Elle est de retour, et espérons qu'elle n'est pas remontée trop vite sur les planches. Croisons les doigts pour que cette fois ci soit la bonne, qu'elle retrouve vite l'inspiration créatrice, et qu'on découvre vite où elle va nous emmener...
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Bokanté


Vu aussi au Festival de Jazz de Montréal, le groupe Bokanté. Malgré la célébrité de Snarky Puppy, et bien que Malika Tirolien soit chez elle à la maison, c'était dans un Club Soda (pourtant pas la plus grande salle de Montréal) à moitié vide. Dommage.

Très belle prestation pourtant, d'un groupe intéressant, de virtuoses, de morceaux complexes et difficiles à maîtriser, alternant les rythmes du planant (Limyè) au funky (Roudesann). Côté musical, on a 3 percussionnistes, 4 guitares électriques (lorsque Michael League est à la guitare, c'est à dire la plupart du temps), et une basse. Cela rend le son plus homogène qu'avec Snarky Puppy, probablement aussi grâce au fil conducteur qu'est la voix de Malika Tirolien, qui chante principalement en créole

J'étais très content de voir ce nouveau projet, mais je me demande si c'est un "pas de côté", ou un véritable projet qui a de l'avenir...

Pour vous faire une idée, 25 minutes au North Sea Festival en Hollande cette semaine:

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Autres femmes, autres musiques

Georgia Anne Muldrow et Charles X chantent Wind en 2017, belle vidéo aussi:


Princess Nokia chantait les Brujas (les sorcières), ses ancêtres, en 1992, mais avec une nouvelle vidéo en 2016:

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Portraits de Femmes

Affiches – portraits de femmes
Eve, L'Histoire par les Femmes, le 22 juin 2017

Découvrez et téléchargez des portraits de femmes qui ont marqué l’Histoire, sous forme d’affiches, disponibles au format pdf. Téléchargez-les, partagez-les et imprimez-les autant que vous voudrez ! Ces portraits sont lisibles aux formats A4 et A3.

Adrienne Bolland / Alice Guy  / Angelique du Coudray / Camille Claudel / Cixi / Enheduanna / Fatima el Fihriya / Harriet Tubman / Hatchepsout / Helen Keller / Huda Sharawi / Ida B Wells / Jane Addams / Juana Azurduy de Padilla / Marguerite Porete / Maya Angelou / Murasaki Shikibu / Myeongseong / Nettie Stevens / Olympe de Gouges / Phillis Wheatley / Qiu Jin / Sappho / Viola Desmond / Zitkala Sa

Affiches – Les femmes dans l’Histoire
Eve, L'Histoire par les Femmes, le 27 février 2017

Aviatrices, scientifiques, combattantes, pirates, celles qui se sont révoltées, celles qui ont fait progresser la science, celles qui ont pris les armes… Découvrez et téléchargez des affiches présentant des petits bouts d’histoire, et les femmes qui les ont marquées !

Les pionnières – Celles qui ont été les premières / Les anticolonialistes – Celles qui se sont révoltées contre la colonisation / Les pirates – Celles qui ont fait trembler les mers / Les scientifiques – Celles qui ont fait progresser la science / Les aviatrices – Celles qui ont défié les airs / Les combattantes – Celles qui ont pris les armes
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Nouvelles Technologies

Psikopat consacre son  numéro de juin aux Nouvelles Technologies

J'y contribue un article inspiré de ceux-ci:

La rançon et la rente
Evgeny Morozov, Les Blogs du Diplo, le 15 mai 2017

L’Internet libre et gratuit, c’est bien fini
INAGLOBAL, le 22 mai 2017

Grande-Bretagne : Theresa May veut créer un nouvel Internet contrôlé et réglementé
Christian Olivier, Développez.com, le 22 mai 2017

mercredi 5 juillet 2017

ELO#286 - Aretha Franklin et Ray Charles


5 juillet 2017

Aretha Franklin et Ray Charles se sont souvent rencontrés, mais la plupart du temps de façon informelle et il n'en reste pas tant de traces que ça...

Deux publicités en 1969:

Things Go Better with Coke #1 (1969)

Things Go Better with Coke #2 (1969)

Deux ans plus tard, Ray Charles rejoint Aretha Franklin sur scène à San Francisco, pour un morceau d'anthologie, qu'il n'aimait pourtant pas:

Spirit In The Dark (Fillmore West 1971)

Encore deux ans plus tard, ils sont invités pour rendre ensemble un hommage à Duke Ellington, et reprennent l'un de ses morceaux. La vidéo ci-dessous n'est qu'un extrait diffusé à la télévision, le morceau entier se trouve sur quelques compiles:

Ain't But The One (Duke Ellington Tribute 1973)

Et encore deux ans plus tard, ils se retrouvent à la télévision une dernière fois, pour un duo sur une chanson assez médiocre, mais qu'ils transcendent de leur génie:

Two to Tango (Midnight Special 1975)
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Musique d'aujourd'hui


Eli Paperboy Reed sort un nouveau morceau en hommage à sa fille née l'an dernier Baby Girl (Stella)... son texte est cucul mais touchant:

"I honestly didn’t intend to write a song about becoming a Dad. It was my general opinion that songs like that were trite, and besides, what could I say that Stevie Wonder hadn’t already said in “Isn’t She Lovely?” Then my daughter was born and, literally, everything changed. I was completely knocked sideways by her disarming smile and the way she lit up when I put on Little Richard and we danced around the living room. It was a kind of love that I had never experienced before in my whole life.

First and foremost, I’m a songwriter, so I did what I do and wrote a song about it. It’s a cheesy song, but every word of it is true. And if I wasn’t already sucker for the schmaltzy and overwrought, becoming a father definitely didn’t help. As most of my songs do, it came fast. A simple melody, a few chords, and words jotted down on a legal pad that I keep out. After tweaking my wording and settling on chords for the bridge, I sang it for my wife and my daughter, Stella. My wife cried and Stella laughed, which is exactly what I was hoping for.

This coming weekend will be my first Father’s Day. I don’t know how we’ll celebrate yet, but I know that I’m given the best gift I’ll ever receive when I walk into Stella’s room every morning and see her smile at me. I hope all the Dads (and Moms) new and old out there will hear this song and remember just how lucky we are."

Les Vilars, un groupe mystérieux, sort cette chanson enigmatique, Demission, mais on ne sait pas si elle est destinée à Macron, ou à l'un de ses ministres, et lequel?

Enfin, Virginie Despentes, quant à elle, sort sa playlist idéale:
Kate Tempest Ketamine For Breakfast
Kate TempestEurope Is Lost
Beth DittoFire
Mary J. BligeGlow Up
Timber Timbre Sewer Blues
Paolo Nutini Iron Sky
Bruno Mars24K Magic
Erykah BaduPhone Down
Missy EliottI’m Better
The Rolling Stones Just Your Fool
Neil Young Can’t Stop Working
Lana Del ReyLove
Kendrick LamarHumble
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Enfin une belle histoire de France...


Des passagers restent debout, l'avion revient, l'expulsé est débarqué
Pierre Guerrini, Médiapart, le 24 juin 2017
https://blogs.mediapart.fr/pierre-guerrini/blog/240617/expulsion-des-passagers-restent-debout-lavion-revient-lexpulse-est-debarque
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Des personnalités racontent des blagues



Nancy Huston - Alberta

mercredi 28 juin 2017

ELO#285 - Seth Tobocman

28 juin 2017

Seth Tobocman est un artiste américain de bande dessinée à part. Prolifique depuis les années 1970, il n'a en fait publié qu'une demi douzaine de livres. En effet, la plupart de ses productions graphiques sont indépendantes ou éditées dans le périodique collectif World War Three Illustrated, mais le plus souvent elles sont offertes à des groupes militants pour illustrer des tracts ou des posters. Plusieurs de ses dessins ont hanté des militants du monde entier, et il est le héros secret de nombre d'entre eux.

Cette fibre militante anarchiste est venue à Tobocman lorsqu'il habitait dans le quartier du Lower East Side de New-York et qu'il a observé ses voisins se battre contre les hausses de loyer, puis qu'il a participé aux manifestations contre la fermeture du parc aux sans-abris, et finalement aux premières occupations de bâtiments vide, devenus des squats. C'est alors que pendant quelques années, il a aussi occupé un squat, participé à sa gestion, aux problèmes avec la police, la justice, la mairie ou simplement entre squatteurs, locaux ou immigrés, ouvriers ou punks, hommes ou femmes. Il s'est toujours posé beaucoup de questions sur la meilleure marche à suivre...

A la sortie de son squat, il décide de raconter cette histoire en bande dessinée dans War in the Neighborhood. Il la raconte à sa façon, avec un graphisme proche du fanzine ou du dessin militant, mais avec une narration très personnelle, avec ses questions, ses joies et ses regrets. Il s'agit d'une expérience historique, une expérience personnelle, mais aussi une leçon de vie, une leçon de militantisme, avec ses exemples à suivre, ses erreurs à ne pas reproduire, et ses questions parfois laissées sans réponses.

Edité rapidement en 1999, diffusé rapidement, ce livre est aussi rapidement épuisé, et l'on trouve peu de copies en bon état de la première édition. Il faut attendre 2016 pour une belle réédition (chez Ad Astra Comix), et 2017 pour une première traduction en français (Quartier en Guerre), avec un travail d'édition du CMDE (de Toulouse) encore plus beau que pour l'original!

Par la suite Tobocman est resté artiste et militant, à New-York ou ailleurs, comme à la Nouvelle Orléans ou en Palestine, contre la guerre, la violence policière, ou contre le capitalisme qui détruit les gens et la nature.

L'histoire des Etats-Unis, et la biographie de la famille Trump le prouve encore, est étroitement liée à l'histoire de sa spéculation immobilière. Cette histoire se continue encore de nos jours, mais la période des années 1980 et 1990 est cruciale car elle voit la naissance d'une nouvelle forme de résistance, prise en main par ses habitants qui apprennent à s'unir, à s'organiser et à replacer cette lutte dans un combat plus large contre le capitalisme qui détruit nos vies.

En ces temps où la gentrification ronge nos villes, ces leçons sont encore valables et nécessaires aujourd'hui dans de nombreux endroits autour du monde, et c'est une chance qu'elles nous arrivent sous la forme d'un roman graphique, démontrant encore une fois si besoin était le potentiel subversif de cette expression artistique.

Quartier en Guerre, CMDE, 330 pages, 27 Euros

Seth Tobocman est venu présenter son livre à Montréal au mois de mai. Il en a profité pour présenter d'autres oeuvres récitées devant la projection de ses planches, et accompagné à la guitare par Stefan Christoff: What You Need To Know

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Musique américaine aujourd'hui


Le supergroupe Prophets of Rage est composé de membres de Rage Against The Machine, Public Enemy et Cypress Hill. Le résultat est proche du hard rock, mais très politisé, comme en témoigne ce premier clip au titre étonnamment optimiste:

Unfuck The World !


Je vous ai déjà parlé du retour sur le devant de la scène de Don Bryant. Voici trois chansons enregistrées le 17 mai à New-York:

1) A Nickel and a Nail

2) How Do I Get There?

3) Don't Give up on Love
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Politique américaine aujourd'hui


Protestations unanimes à l'occasion du retrait de Donald Trump de l'Accord de Paris, alors que:
1) il était de toutes façons largement insuffisant pour empêcher le dérèglement climatique
2) en fait ça arrange tout le monde, parce qu'on pourra maintenant ne pas le respecter et dire que tout est de la faute de Trump...

Pendant ce temps là, les chercheurs affinent leurs calculent et réalisent qu'ils avaient été trop optimistes: Trump ou pas Trump, ce n'est pas en 2070, mais en 2040 qu'il n'y aura plus de glace au pôle nord. Le prix du Ricard va augmenter...: The Arctic is now expected to be ice-free by 2040

Mais on peut aussi se consoler avec le fait que la science a découvert une protéine qui permettra que nos glaces (celles qu'on mange) fondent moins vite sur le cornet, malgré le réchauffement climatique. Peut-être qu’il faudrait enduire l’arctique de cette protéine pour qu’il fonde moins vite ? Vive la science, cause ET solution de tous nos problèmes: Science décalée : bientôt de la glace qui fond moins vite

Enfin, à cette occasion, Là-bas si j'y suis republie cet article de Chris Hedges sur l'Idiocratie: Donald Trump est le visage de notre idiotie collective

Et en hommage à Trump, cette chanson de 1976 par Clifton Chenier, le roi du Zydeco: Sa M'Appel Fou (They Call Me Crazy)!
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La réponse française



Contrairement à ce que je croyais, ce n’est pas une blague : Après le discours, l’Elysée lance le site Internet

Et, comme dit Keny Arkana, Ne t'inquiète pas: